A redécouvrir : le syndrome du gruyère (ou le complexe du trou dans le CV)

Vous avez peut-être manqué ce billet, parmi les tous premiers du blog, qui reste pourtant d’actualité et mérite toujours une attention aussi grande de notre part à tous.

A l’approche d’une semaine « à trou », Lundi de Pâques oblige, sans doute est-il circonstance de le partager à nouveau. C’est chose faite, bonne lecture !

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En matière de recrutement, 2 visions irréconciliables semblent devoir s’affronter autour d’un même concept : celui du trou dans le sacro-saint CV du candidat.

Trou : « nom masculin, issu du latin populaire traucum. Ouverture naturelle ou artificielle qui traverse une surface » (source Wikipedia)

Les choses sont ainsi posées sur un plan lexical, le plus simplement du monde.

C’est pourtant ici que les choses se compliquent 🙂

 

Vu par le recruteur, tel une énigme à résoudre au plus vite ou une aspérité inquiétante, le ‘trou’ inquiète

TROU

Le trou dans le parcours, c’est la chute, l’échec, l’espace vide, le manque, l’interruption du continuum.

Comme pour renvoyer à ces expressions populaires à la connotation péjorative : du « trou de mémoire », au « trou de la sécurité Sociale » (oups) en passant par le « trou noir » et le « trou dans la couche d’ozone », sans oublier bien entendu le village reculé (« ce n’est plus l’air de la campagne, cher ami, c’est un trou perdu »).

Car jusque très récemment, les progressions linéaires et les ‘plans de carrières’(progression étape après étape,  fidélité et engagement au sein d’une seule entreprise, de père en fils parfois… ) constituaient la règle.

Ils ont fortement impacté le cadre de référence de bien des recruteurs (qui sont nombreux à appartenir à la génération dite X).

Ces derniers, lorsqu’ils se trouvent confrontés à des parcours moins linéaires que ceux auxquels ils ont été habitués, se réfugient donc par quasi automatisme derrière le principe de précaution : « dans le doute, abstiens-toi« .

Vu par le candidat, en revanche, tel un entracte qui fait partie intégrante de la représentation, le ‘trou’ est désormais un élément du cheminement professionnel parmi d’autres

 

BIS

Une interruption qui reste certes parfois subie mais permet bien souvent, au choix, et selon les chemins de vie :

  • de réorienter son parcours (bilan de compétences),
  • de préparer un diplôme (n’encourage t’on pas désormais la « formation tout au long de la vie » ?),
  • de s’investir dans une activité d’ouverture (engagement bénévole, tour du monde…).
  • et dans tous les cas de prendre du recul et de la hauteur.

Le ‘trou’, c’est ainsi le « trou du gruyère » qui ravit les amateurs de fromage, le « trou normand » cher aux gastronomes avertis, les cratères de la lune indispensables au bonheur des astronomes en herbe. C’est la Traboule, bien connue des architectes Lyonnais, le « chemin de traverse » accessible et indispensable aux apprentis magiciens d’Harry Potter.

PASSAGE

Wikipédia (encore lui) semble d’ailleurs devoir nous montrer la voie de la sagesse, en agrémentant d’illustrations positives sa propre définition du ‘trou’ :

  •            « Trou dans un jardin pour y planter des graines »
  •            « Permet le montage des meubles, la fixation au mur »
  •            « L’ouverture pratiquée dans les instruments à vent pour jouer les différentes notes »

Car le contexte a bien changé, et doit logiquement modifier notre regard sur ce sujet.

Demandez ainsi aux candidats de la génération Y, de vous parler avec leurs mots à eux de « challenge », « d’intensité plus que de durée », de leur « horreur de toute forme d’ennui et de routine »…

Notez, ensuite, combien le rapport au temps a été profondément bouleversé : allongement de la durée de vie professionnelle, outils d’interaction en temps réel… Le tout dans une conjoncture dégradée, porteuse de davantage d’incertitudes. La météo est décidément bien changeante sur la route du sommet…

Adieu parcours type standard, bye bye « one size fits all » : dès les bancs de l’Ecole ou de l’Université, les parcours à la carte, modulables,  sont devenus la règle. Et de vous à moi, tant mieux.

CLONES

Nous le savons bien,  « En toute chose il y a une fissure. C’est par là que la lumière rentre » (Léonard COHEN).

Grand témoin du Recrutement Responsable, Marie-Jeanne Huguet nous rappelle régulièrement, avec beaucoup de justesse, qu’en « tout être, en tout groupe, il y a une faille, une lacune. Elle donne l’opportunité de rompre avec l’habitude, de mobiliser le changement, de créer, d’entrevoir des dimensions, des  solutions nouvelles et souvent insoupçonnées. Comment l’utiliser et en faire une force de retournement, une force d’évolution, contre l’inertie au fur et à mesure qu’elle apparait ?« 

Revisiter nos pratiques recrutement c’est se rendre accessible pour comprendre le sens d’un parcours, décrypter ensemble le cheminement professionnel d’un candidat, sans préjugé, et toujours autour de la notion de compétences. Et nous savons bien qu’il y a mille et une façons de développer une même compétence.

options En matière de sourcing, de nombreux professionnels du recrutement ont compris l’importance des « chemins de traverse«  pour toucher leurs candidats ‘cœur de cible’.

Le plus court chemin n’est pas toujours le plus rapide, le raccourci pouvant même être synonyme d’égarement. Le parcours qui ressemble au mien n’est pas non plus à privilégier.

Nous ne pouvons que les inviter à poursuivre cette démarche au cours de l’analyse du parcours professionnel du candidat, de son CV, et de l’entretien qui sera partagé.

Recruteurs, ne faisons plus l’autruche, sortons la tête du trou !

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